Pourquoi allumer un cierge ?

Pour illustrer cette question, nous vous proposons un axe de réponse par l’interview de Mme Gilbert, directrice adjointe de l'Institut religieux de l'Institut catholique de Paris par Mme de Villeneuve dans l'émission « Mille questions à la foi » du journal La Croix :

« A quoi servent les cierges que nous faisons brûler dans nos églises ou à la grotte de Lourdes ? Est-ce le signe d'une dévotion désuète ? »

D'où vient cette tradition? Serait-ce de la superstition ?

C'est toujours le risque. On brûle des cierges dans les églises, les sanctuaires ou même les petites chapelles depuis très longtemps. Cela fait partie de ce qu'on appelle la piété populaire, ce qui veut simplement dire la piété du peuple. Il y a au Vatican un directoire des piétés populaires, qui sont considérées comme un vrai trésor du peuple de Dieu. Ce que les gens vivent en faisant ces gestes de piété est important pour l'Église.

Qu'y a-t-il d'autre que les cierges dans ces piétés populaires ?

Il y a la vénération des reliques, les pèlerinages… Ces piétés populaires ont cette qualité formidable de pouvoir s'intégrer à des cultures différentes. Nous ne sommes pas de purs esprits, nous avons besoin de vivre notre foi avec tous nos sens, et ces gestes sont une aide pour cela. Si on les vide de la foi, si l'on en fait des actes magiques, pour obtenir quelque chose de Dieu, on risque la superstition, on sort de la piété populaire, qui s'accompagne d'une véritable attitude spirituelle. Ce qui est mystérieux, c'est que ces gestes expriment des choses que l'on a du mal à formuler, qui sont un peu floues. C'est pourquoi ces piétés sont souvent menacées par la confusion.

C'est vrai qu'on met souvent un cierge devant la statue d'un saint pour lui demander quelque chose.

On lui demande quelque chose, ou on le remercie, c'est un geste de prière très concret. Quand on met un peu d'argent dans le tronc d'une église, c'est un geste de partage. Le cierge apporte la lumière, il éclaire, il réchauffe, il exprime ce qui est important pour l'homme.

La lumière, c'est un symbole de l'amour de Dieu pour nous ?

Cela peut aussi être une prière : "Dieu, illumine-moi de la lumière de ton amour". Et puis la flamme d'une bougie est précaire, fragile, mais s'il n'y a pas de vent, elle se voit de très loin. Nos vies sont précaires et fragiles, en allumant un cierge, nous nous plaçons devant la grande lumière de Dieu. Dans la nuit de Pâques, le symbole du cierge pascal est très fort. On dit que le Christ est la lumière du monde.

Ces gestes peuvent-ils et doivent-ils être faits par tous? C'est une obligation d'aller mettre un cierge dans une église ?

Non. Cela dépend comment on a été "fabriqué". Moi-même, j'ai été "fabriquée" autrement, je n'allume pas de cierges. Mais j'ai été saisie par la foi des personnes qui le font. C'est accessible à n'importe qui, tout le monde peut le faire. Il y a là une forme d'ouverture dont les personnes s'emparent. Le lieu où l'on pose un cierge aussi est important. Le directoire des piétés populaires recommande que ce ne soit jamais loin d'une eucharistie, de la pratique liturgique. C'est un geste qui peut aider à inscrire la pratique dans son corps, puisque nous sommes dans une religion incarnée.

Quand on entre dans une église, il est étonnant de voir que les statues de certains saints ont de nombreux cierges à leurs pieds, tandis que d'autres sont presque oubliés. Pourquoi ?

C'est le reflet d'une culture. Au Portugal par exemple, on a une dévotion toute particulière pour Notre-Dame de Fatima. C'est la Vierge Marie bien sûr, mais Notre-Dame de Fatima structure la foi des Portugais.

Et sainte Rita, que l'on couvre de cierges ?

C'est la patronne des causes désespérées, on commence toujours par elle quand on est dans l'épreuve ! Les gens s'identifient à la vie de ces saints, qui a été transmise par les traditions orales. Ce sont des images, des figures, des médiations qui peuvent parler du Christ. Le saint canonisé, c'est quelqu'un qui parle, d'une manière spécifique, du Christ.

Le cierge peut être aussi le signe d'une reconnaissance pour des bienfaits reçus ? Cela peut arriver, d'être exaucé au pied de la statue d'un saint ?

Certaines personnes le disent, et je pense que c'est lié à l'acte de foi qu'elles ont posé. Il peut y avoir une conversion intérieure qui se produit et se concrétise par un geste, et ce qui est intéressant, c'est que le geste est un acte concret ,qui prouve que l'on n'a pas rêvé : oui, ce jour-là, quelque chose de très fort s'est passé, on se revoit mettre le cierge. L'important, c'est la démarche de conversion, la démarche de foi qui est signifiée par ce cierge qui nous aide à nous en souvenir. Le cierge a un rapport à la prière. Il est insensé de mettre un cierge sans aucun lien avec la prière. Dans les églises, il y a souvent des prières affichées qui aident les gens à mettre des mots sur leur geste, pour une démarche intérieure : "Je ne sais pas prier, je me confie à toi, je te confie ceux que j'aime, éclaire-moi, protège-moi du mal…" Et la petite flamme aide certaines personnes à se concentrer pour prier, elle fixe le regard et empêche ce que l'on appelle les "distractions". Elle aide à se recentrer intérieurement sur cette lumière que l'on veut faire grandir dans sa vie, sur cette grâce ou cette protection que l'on demande pour soi ou pour quelqu'un que l'on confie à l'amour de Dieu.

Il est un lieu où l'on ne peut pas passer à côté des cierges, c'est Lourdes. Le cierge fait partie du pèlerinage.

C'est très impressionnant, on a même chaud quand on approche cet endroit. Regardez Bernadette, cette petite femme toute simple qui parlait à peine le français et vivait avec ses parents dans un cachot ! A Lourdes, ce sont les petits et les pauvres qui se sentent accueillis. Ce grand symbole humain de la lumière qui éclaire, du feu qui réchauffe, cela parle au-delà des mots. Cette symbolique apporte un complément à une dimension trop intellectuelle de la foi, mais en retour elle est inséparable de la pratique liturgique, de l'Évangile, de la vie de foi en Dieu. Considérons toujours avec beaucoup de respect la foi de ceux qui déposent un cierge à l'église.

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